Le bourdonnement des beaux jours

Il ne fait pas toujours très beau en Normandie. Lorsque je suis arrivée dans la région, l’auteur d’un guide touristique, doté d’un solide sens de l’humour, avait ainsi décrit le climat de la région : « On peut dire qu’une longue période humide alterne avec une saison des pluies ».

Mais, c’est ce qui donne à ma région ses magnifiques forêt et ses prairies verdoyantes, alors, autant s’y faire. Lorsque le soleil se montre enfin, c’est un enchantement. Les prairies et les talus au bord des petites routes se couvrent de fleurs, et les fleurs se couvrent d’abeilles, de bourdons, et autres insectes mangeurs de nectar et de pollen. Si vous regardez de près toutes ces inflorescences, vous y découvrez en effet une multitude de bestioles de toutes tailles, de toutes couleurs, de toutes familles : diptères, hyménoptères, coléoptères, lépidoptères… mais pas d’hélicoptères !

Quoique…. au-delà du bourdonnement des abeilles et des bourdons, pas besoin de prêter l’oreille pour entendre d’autres types de bourdonnements, qui s’élèvent tout autour, en provenance des autres jardins. Ce ne sont pas des hélicoptères, mais des tondeuses, débroussailleuses, tronçonneuses, élagueuses, et autres taille-haies. C’est la ruée au jardin, car il faut profiter de ces quelques jours (voire de cette unique demi-journée) pour faire un peu de ménage dans cette exubérance printanière.

Quand j’habitais à Paris (il y a quelques décennies), et que je me retrouvais à la campagne pour un weekend, j’avais du mal à supporter ces moteurs pétaradant à qui mieux mieux. J’avais envie de silence ! Je me sentais agressée par ces bruits, je les trouvais insupportables. Pour moi, la campagne, ça devait être SILENCIEUX.

Et pourtant, la campagne n’est pas du tout silencieuse. On y entend le souffle du vent dans les feuillages ou les branchages, le son de la pluie, les chants des oiseaux. Même la nuit on peut entendre les chouettes, hiboux, rossignols, et le glapissement des renards, les aboiements des chiens au loin…

Et les sons émis par nos voisins humains, une voiture qui passe sur la route, des bribes de musique, des gens qui parlent. Pendant le confinement de 2020, ce qui m’a frappée lors de mes promenades avec mon chien, c’est ce silence anormal. Au début les gens étaient terrés chez eux, ils ne sortaient même plus dans leurs jardins. C’était vraiment curieux, et plutôt anxiogène.

Alors, je me suis habituée à ce bourdonnement spécial des beaux jours, cette symphonie des jardins, et, de la même façon que les trappeurs et les indiens déchiffraient les signes annonçant le beau temps ou les tempêtes, je sais que lorsque ce bourdonnement s’élève, il va faire beau assez longtemps pour qu’on puisse enfin tondre sa pelouse. Alors je me précipite aussi au jardin, sans même regarder la météo (mes voisin l’ont fait pour moi !).

Et à force d’entendre ce qui au début était pour moi un bruit, une nuisance, j’ai fini par lui trouver du charme. C’est la symphonie des beaux jours, liée dans mon esprit à la tiédeur de l’air, la douceur du soleil sur ma peau, et le ballet incessant des insectes, des hirondelles et des martinets. C’est le bourdonnement des beaux jours !